Qu'est-ce qu'une maladie valvulaire ?

Il existe quatre valves : la valve aortique, la valve mitrale, la valve tricuspide et la valve pulmonaire. Il arrive que l’une ou plusieurs de ces valves ne fonctionnent pas correctement. Deux types d’incidents mécaniques les menacent :

  • Le rétrécissement (ou sténose) : l’ouverture insuffisante de l’orifice des valves freine alors le passage du sang.
  • La fuite (ou l’insuffisance) : la fermeture insuffisante des valves entraîne une fuite responsable d’une régurgitation (reflux) de sang dans le mauvais sens.

Ces deux lésions peuvent être associées pour un même orifice, ce qui constitue une ‘maladie valvulaire’.

Les cardiopathies valvulaires sont essentiellement d’origine dégénérative dans les pays occidentaux. Dès lors, malgré la diminution dans ces pays de l’incidence du rhumatisme articulaire aigu, maladie qui est la première cause de valvulopathie dans les pays émergents, depuis plusieurs dizaines d’années, la prévalence (proportion d'une population atteinte par une maladie) des valvulopathies est en augmentation. Elle devrait continuer à augmenter dans l’avenir en raison d’une espérance de vie plus longue. Dans la population générale, la prévalence des valvulopathies est de l’ordre de 2,5 %. Elle se majore nettement après 65 ans et atteint plus de 13 % après 75 ans.

Quelles sont les causes des maladies valvulaires ?

Différentes causes existent en fonction du type de valve :

  • Dégénérescence liée à l’âge
  • Malformations de naissance (souffle au cœur connu depuis l’enfance)
  • Infections (endocardites)
  • Maladies cardiaques s’accompagnant de modifications du fonctionnement normal des valves : insuffisance cardiaque, suites d’infarctus
  • Rhumatisme articulaire aigu (complication inflammatoire auto-immune suite à une infection)

Quelles sont les manifestations des maladies valvulaires ?

Les maladies valvulaires peuvent se manifester par un essoufflement (à l’effort puis progressivement au repos), par la présence d’angine de poitrine, par des pertes de connaissance, par des palpitations, par de l’œdème pulmonaire, ainsi que par de l’insuffisance cardiaque. On peut également reconnaître les maladies valvulaires à l’auscultation par l’existence d’un souffle de rétrécissement ou de régurgitation, ou par un rythme cardiaque irrégulier.

Évaluation avant intervention

  • Le patient a-t-il des symptômes ?
  • Les symptômes sont-ils liés à la maladie valvulaire ?
  • Quelles sont l’espérance de vie et la qualité de vie du patient ?
  • Les bénéfices attendus de l’intervention dépassent-ils ses risques ?
  • Quels sont les désirs du patient ?
  • Les ressources locales sont-elles optimales pour cette intervention ?

Comment confirmer et évaluer une maladie valvulaire ?

  • Électrocardiogramme (ECG)
  • Échocardiogramme
  • Échocardiogramme de stress (effort ou dobutamine)
  • Résonance magnétique cardiaque
  • CT Scan Cardiaque
  • Cathétérisme cardiaque

Prise en charge

Les troubles valvulaires peuvent être pris en charge de nombreuses façons. Le médecin décidera du traitement qui vous convient le mieux en fonction de votre âge, de votre état de santé général et de la gravité de votre problème. Chez certains individus, le traitement consiste en la prise de médication combinée à une modification des habitudes de vie. D’autres auront besoin d’un traitement plus intensif, comme une intervention chirurgicale, pour effectuer la réparation ou le remplacement d’une valve. Dans d’autres cas, une approche percutanée moins invasive sera envisagée, notamment pour le rétrécissement aortique sévère ou en cas d’insuffisance mitrale sévère symptomatique à haut risque chirurgical.

La chirurgie valvulaire

Une intervention de chirurgie valvulaire est très souvent nécessaire lorsqu’une des valves du cœur ne fonctionne pas correctement. La chirurgie valvulaire cardiaque concerne essentiellement les valves aortique et mitrale, plus rarement tricuspide. La chirurgie de la valve pulmonaire est exceptionnelle.

Pour pouvoir travailler sur la valve malade, un arrêt complet des battements cardiaques est nécessaire. Dans ce cas, une circulation extracorporelle devra être utilisée: ce circuit externe remplace la fonction pompe du cœur et assure l’oxygénation du sang qui se fait normalement dans les poumons. La machine reprend donc, pour un certain temps, le rôle du cœur et des poumons qui peuvent être arrêtés. L’arrêt du cœur s’obtient par l’infusion dans l’organe d’une solution dite de “cardioplégie”. Le chirurgien peut alors effectuer l’intervention de remplacement ou de réparation valvulaire.

Le traitement des maladies valvulaires est soit une réparation de la valve appelée “plastie”, soit un remplacement valvulaire par une prothèse si cette réparation n’est pas possible ou indiquée. 
Il existe 2 types de prothèses valvulaires :

  • Les valves mécaniques (pyrolite de carbone) qui ont l’avantage de ne pas s’user avec le temps mais dont les inconvénients sont la nécessité d’un traitement anticoagulant à vie (qui fluidifie le sang et favorise donc les saignements) et un bruit constant mais généralement bien toléré.
  • Les valves biologiques (fabriquées avec du péricarde de veau ou de porc) qui ont l’avantage de ne pas nécessiter de traitement anticoagulant mais l’inconvénient de se dégrader généralement après 10 à 20 ans.

La valve Mitrale

Si une réparation de la valve appelée “plastie mitrale” est possible, on procède à une réparation valvulaire. Cependant si elle n’est pas possible, il faut changer la valve et la remplacer par une prothèse valvulaire.

Il existe différentes voies d’abord (cicatrices) pour cette chirurgie :

  • la sternotomie classique qui consiste à ouvrir l’os en avant de la cage thoracique pour accéder au cœur
  • la mini- thoracotomie droite vidéo-assistée qui consiste à réaliser une petite cicatrice sous le mamelon droit sans section osseuse, en passant entre les côtes et une petite cicatrice au pli de l’aine droit.

La mini-thoracotomie assure une réduction des pertes sanguines et des douleurs post-opératoires, une meilleure fonction respiratoire, un rétablissement plus rapide (durée de séjour hospitalier plus court, reprise plus précoce des activités) et un bénéfice esthétique, mais n’est pas possible dans tous les cas

La valve aortique

La valvulopathie aortique la plus fréquente est les rétrécissement aortique. A partir d’un certain degré d’usure de la valve aortique et en fonction de la gêne occasionnée, votre cardiologue vous conseillera de vous faire opérer. Le choix de l’intervention optimale pour chaque patient est discuté en ‘Heart Team’ (discussion collégiale entre cardiologues,  chirurgiens cardiaques, anesthésistes, gériatres,…). Selon des critères cliniques et anatomiques, une intervention chirurgicale ou percutanée sera proposée. Le traitement chirurgical du rétrécissement aortique est le remplacement de la valve par une prothèse valvulaire. L’intervention se fait sous circulation extra-corporelle, c’est-à-dire en arrêtant le cœur et en le remplaçant par une machine: la circulation extra-corporelle.

Le chirurgien retire votre valve calcifiée et fixe une prothèse valvulaire à la place.

Il existe différentes voies d’abord (cicatrices) pour cette chirurgie :

  • la sternotomie classique (1) qui consiste à ouvrir l’os en avant de la cage thoracique pour accéder au cœur ;
  • les voies d’abord mini-invasives :
    • la mini-thoracotomie droite (2) qui est une petite cicatrice au-dessus du mamelon droit (5 cm) associée à une petite cicatrice au pli de l’aine, sans section osseuse, en passant entre les côtes.
    • la mini-sternotomie (3) qui consiste à réaliser une plus petite incision en ne coupant que la partie supérieure de l’os.

TAVI

Le traitement percutané de la valve aortique rétrécie (TAVI) est une réalité clinique depuis une quinzaine d’années au CHU. Dans cette technique mise au point par le Pr Cribier de Rouen en 2002, la valve aortique qui ne s’ouvre pas assez (sténose) est franchie à l’aide d’un fil guide. Ceci permet d’amener à l’endroit de la valve malade un dispositif compact (du diamètre d’un crayon) assimilable à un “stent” dans lequel se trouve une valve en péricarde. Le stent, en se déployant, écrase la valve malade et en force l’ouverture tandis qu’il met en condition de fonctionner la valve qui lui était associée.

Cette valve est faite de tissu biologique et s’ouvre et se ferme désormais en lieu et place de la valve malade refoulée en dehors par le stent métallique. La force d’expansion radiaire du stent permet la fixation de la valve TAVI en position.

Il s’agit d’une approche révolutionnaire qui permet de traiter le rétrécissement aortique par voie percutanée fémorale et cela sous anesthésie locale et sédation légère. Il s’agit d’une procédure en développement permanent dont le champ des indications s’élargit régulièrement. Plus de 500 procédures ont été réalisées au CHU au travers d’un programme coordonné par le service de cardiologie du Professeur Lancellotti en partenariat avec le service de Chirurgie cardiaque.

Ce traitement de la sténose aortique n’est pas soumis au remboursement INAMI automatique et est réservé actuellement aux patients présentant certains critères anatomiques et cliniques. . L’allocation du traitement et la sélection des patients est décidée au travers d’une discussion interdisciplinaire cardiochirurgicale (heart team) à laquelle sont conviés gériatres, anesthésistes et radiologues. Le patient est au centre de la discussion pour lui offrir le traitement interventionnel le plus adapté à sa condition.